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François-Xavier Priollaud, Hervé Télémaque et Michel Natier.Vernissage de l’exposition "Trafic d’influence"

Hervé Télémaque & Baptiste Roux

Allocution de M. François-Xavier PRIOLLAUD Maire de Louviers

Monsieur le Directeur du Musée, Cher Michel Natier,
Monsieur Hervé Télémaque,
Monsieur Baptiste Roux,
Monsieur Robert Llorca, directeur du Service Culturel,
Mesdames et messieurs les amis du Musée de Louviers,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de vous dire le bonheur et la fierté que nous avons d’accueillir ce soir au Musée de Louviers Hervé Télémaque et Baptiste Roux pour cette nouvelle exposition remarquable à plus d’un titre.

Le vernissage d’une exposition intitulée "Trafic d’influence" est pour l’élu de la République que je suis une forme de provocation à laquelle je me plie bien volontiers.

Mesdames et Messieurs,

Les arts plutôt que les armes : En ces temps si douloureux, si bouleversants et si traumatisants, il nous faut absolument maintenir allumée la flamme des arts et de la création, qui fait de nous des êtres dotés d’humanité.

Dans son roman La puissance et la gloire, Graham Green a écrit que "La haine n’est qu’une défaite de l’imagination". Or qu’est-ce que l’art si ce n’est une invitation à l’imagination, mais aussi au questionnement, au doute, aux mélanges, à la diversité, aux échanges : bref à la vie. Les terroristes veulent nous faire peur. Mais la réalité, c’est que ce sont les arts leur font peur. Voilà pourquoi ils prennent un soin minutieux à détruire les œuvres d’art tout simplement parce qu’elles sont l’expression des civilisations et du progrès.

Alors vous comprendrez que ce soir qu’il y a aussi une forme de résistance à nous retrouver dans ce beau musée de Louviers, une semaine après les terribles attentats de Paris et de Saint-Denis – et alors qu’une nouvelle prise d’otage s’est produite aujourd’hui au Mali – pour maintenir debout la République des arts et de la culture.

Mesdames et Messieurs,

Hervé Télémaque et Baptiste Roux se sont livrés, pour notre plus grand bonheur, à un trafic d’influence d’un genre inédit.

Figure incontournable de la scène artistique contemporaine, dont le Centre Georges Pompidou vient de présenter une grande rétrospective, Hervé Télémaque expose un ensemble d’œuvres qui se trouve ainsi en dialogue avec celles d’un artiste plus jeune, Baptiste Roux.

En parcourant l’exposition et le très beau catalogue publié à cette occasion, je me suis plongé dans les dessous de ce trafic d’influence.

D’abord, j’ai mesuré les multiples influences qui nourrissent l’œuvre d’Hervé Télémaque, né à Port-au-Prince et qui a quitté Haïti à l’âge de vingt ans pour New-York. Durant votre passage aux Etats-Unis, vous vous êtes inspirés simultanément de l’expressionnisme abstrait et du surréalisme.

C’est en 1961 que vous arrivez en France et c’est à Paris que vous participez à cette époque au mouvement de la figuration narrative en opposition à l’abstraction et aux mouvements contemporains du nouveau réalisme et du pop art américain, jugé trop hégémonique, trop formel, indifférent aux luttes politiques de l'époque et pas assez critique de la société de consommation.

Votre œuvre témoigne de ce trafic d’influences entre vos racines haïtiennes, l’abstraction américaine et le surréalisme français.

Et l’artiste que vous êtes revendique l’infraction au dogme, aux positions dominantes. Je vois incontestablement dans votre démarche artistique, à contre-courant, une volonté de liberté et un besoin de transgression. Vous redonnez à la peinture une fonction politique et poétique et vous y distillez aussi de l’humour.

Bref, vous brouillez les pistes, vous mélangez les influences et vous n’hésitez pas à prendre vos libertés avec les règles de l’art. Vous êtes en pleine infraction. Mais nous n’avons pas envie de vous arrêter. Au contraire, on vous demande de continuer. Nous ne sommes pas vos victimes, vous avez fait de nous vos complices.

Il est un plus jeune artiste, Baptiste Roux, de trente ans votre cadet, qui vous suit à la trace. On pourrait presque y voir un délit d’initié.

Comme Télémaque, vous aimez Baptiste Roux jouer avec les images du quotidien, en troubler le sens pour révéler l’indicible. Votre travail est celui d’un poète autant que d’un plasticien.

Mesdames et Messieurs,

Entre Télémaque et Baptiste Roux ce n’est plut tant un trafic qu’un jeu d’influence, une alchimie féconde, une conversation symbolique, un dialogue fait de convergences mais aussi de divergences. Merci à Michel Natier, directeur du Musée et à son équipe, de nous offrir une fois de plus une si belle exposition qui j’en suis sûr saura trouver son public pour ce que trafic d’influence se transforme aussi jusqu’au 28 mars prochain, en un trafic d’affluence.

Je vous remercie.