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Musée de Louviers
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Jacques Villeglé

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Tableau de Jacques Villeglé

Jacques Villeglé

De l’art de l’appropriation

Des fragments d’affiches récupéré ici et là sur les murs de la ville pour en faire un nouveau type de tableau, le pari n’était pas gagné d’avance. Et pourtant.... pendant plus d’un demi-siècle, Jacques Villeglé n’a cessé de parcourir Paris et constitué une œuvre colossale d’une  implacable pertinence.

Entré récemment dans sa 90ème année, l’artiste, originaire de Bretagne, compte parmi les figures majeures du Nouveau Réalisme, un courant artistique établi en 1960 par le critique d’art Pierre Restany et qui compte notamment César et Arman. Fondé sur l’idée de l’appropriation du réel, ce mouvement a fait les riches heures de la scène française de la seconde moitié du XXe siècle en écho au Pop art américain. La société de consommation, la publicité, l’actualité de la vie en société, avec ses heurs et ses malheurs, les combats politiques, etc., telle est la matière première de l’iconographie de l’œuvre de Villeglé.

Marouflés sur toile, les fragments d’affiches lacérées par des mains anonymes, les accidents du quotidien ou les humeurs du temps composent comme les éléments d’une immense fresque qui raconte la ville au jour le jour. La ville mais aussi une histoire de l’affiche imprimée, de ses couleurs, de ses caractères. A une époque où le virtuel l’emporte sur le matériel, c’est dire si l’œuvre de Villeglé est précieuse : elle est tout à la fois histoire, mémoire et prospection. 

Intitulée "Jacques Villeglé. Affiche & alphabet. 1956-2013", l’exposition de Louviers présente par ailleurs tout un ensemble de travaux sur papier ou en volume qui mettent en jeu les lettres de l’alphabet socio-politique – comme il l’appelle – que l’artiste s’est constitué à partir de 1969. Sur le même tempo d’appropriation, il a procédé à un relevé quasi systématique de tous les signes et de tous les symboles graffités couvrant les mêmes murs de la ville : la croix et le cercle du mouvement Occident, la faucille et le marteau, la svastika, les symboles féminin et masculin, etc., etc.

Par suite, il les a tous mixés, les passant à la moulinette de son imaginaire. Graphiquement parlant, le résultat est tout un lot de lettres nouvelles dont il se sert pour composer mots isolés, phrases ou textes, tant manifestes que poétiques, dans une saturation formelle et un trouble visuel qui font écho au brouillage des affiches lacérées. 

Si "l’art est un langage" comme le prétendait Picasso, alors la démarche de Jacques Villeglé est emblématique d’une société qui a fait de la communication l’une de ses dynamiques cardinales. Qu’on la considère à l’aune d’une forme de chapardage ou de ravissement et qu’elle aboutisse finalement à la constitution d’une "collection" -pour reprendre la parole de l’artiste, son œuvre relève de l’idée de détournement et d’une volonté de remise en question de l’artiste traditionnel et professionnel.

Les affiches lacérées et graphismes sociopolitiques des années 1956 à 2013 rassemblés à Louviers témoignent de sa richesse d’invention, de son énergie et de sa vivacité. A 90 ans à l’horizon 2016, Jacques Villeglé présente encore tous les symptômes du créateur-révélateur, l’œil vif et l’esprit en permanence aux aguets.

Philippe PIGUET
Commissaire de l’exposition